Port-au-Prince, le 15 octobre 2024 — La reconduction de Walter Wesser Voltaire en tant que juge d’instruction a provoqué une réaction virulente de la Plateforme Résistance Démocratique (RED), qui accuse la justice haïtienne de complaisance et d’entrave à la vérité dans l’affaire de l’assassinat de l’ancien président Jovenel Moïse.
Dans une note de dénonciation diffusée ce lundi, RED exprime sa « profonde indignation » après la décision relayée par le ministre de la Justice dans une correspondance adressée au Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) le 4 octobre 2024. RED reproche au juge Voltaire d’avoir délibérément biaisé l’enquête, notamment en émettant une ordonnance qualifiée de « honteuse », dans laquelle il aurait évoqué l’hypothèse que si le président Moïse ne s’était pas suicidé, la responsabilité en incomberait à ses proches, voire à sa propre famille.
Cette théorie, jugée « grotesque et sans fondement » par la plateforme, aurait de plus impliqué la famille du défunt, suscitant l’incompréhension et la colère de nombreux observateurs. Selon RED, cette prise de position serait une tentative pour dédouaner les véritables commanditaires de l’assassinat du président, et témoignerait d’une volonté de protéger ceux qui, en coulisse, auraient orchestré ce crime.
Une décision perçue comme une « trahison de la justice »
Pour RED, la reconduction du juge Voltaire représente un grave manquement aux valeurs de transparence et d’intégrité que l’institution judiciaire est censée défendre. « Cette décision constitue une trahison des principes fondamentaux de la justice », peut-on lire dans la note publiée par le mouvement. RED accuse également l’ancien président du Conseil Présidentiel de Transition, Edgard Leblanc, ainsi que le ministère de la Justice, d’avoir failli à leur devoir en soutenant Voltaire. En permettant à ce juge controversé de rester en poste, les autorités judiciaires, estime RED, risquent de s’aliéner davantage la confiance de la population haïtienne, déjà fortement ébranlée par des années de dysfonctionnements et de scandales.
La plateforme dénonce aussi une instrumentalisation de la justice qui viserait à étouffer la vérité au profit des responsables présumés de cet assassinat politique. Selon RED, la justice haïtienne doit être indépendante et doit répondre uniquement aux principes de vérité et de justice, et non aux intérêts de groupes ou d’individus cherchant à échapper à leur responsabilité dans cette affaire.
Un appel au Conseil Présidentiel de Transition
En réaction, RED lance un appel au Conseil Présidentiel de Transition pour qu’il annule la décision de reconduire Walter Wesser Voltaire. Selon la plateforme, cet acte « répréhensible » ternit gravement l’image de la justice haïtienne, qui doit pourtant incarner l’impartialité et la défense des droits du peuple. La plateforme exhorte les autorités à prendre des mesures fermes pour restaurer la crédibilité des institutions judiciaires et protéger l’intégrité de l’enquête sur l’assassinat du président Moïse.
« Le peuple haïtien mérite une justice à la hauteur des principes démocratiques et de la dignité de la République », conclut la note de RED, qui demande que l’enquête soit conduite de manière transparente et que les auteurs de l’assassinat soient traduits en justice, quels qu’ils soient.
La décision de reconduire le juge Voltaire est un nouveau revers pour ceux qui espéraient un renouveau au sein de la justice haïtienne. La polémique qui en résulte risque d’alimenter davantage la méfiance envers un système judiciaire souvent critiqué pour sa lenteur et sa perméabilité aux pressions politiques.
À Port-au-Prince, l’opinion publique reste divisée, mais les appels à une justice impartiale et véritablement indépendante se font entendre avec insistance.
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