La Turquie a officiellement déposé une demande d’adhésion au groupe des BRICS, qui réunit le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud. Cette annonce a été faite ce mardi 3 septembre par Ömer Çelik, porte-parole du Parti de la justice et du développement (AKP), dirigé par le président Recep Tayyip Erdogan.
« Notre président a plusieurs fois affirmé que nous voulons devenir membre des BRICS (…) Le processus est en cours », a déclaré Çelik lors d’une conférence de presse. Il a également précisé que la Turquie souhaite s’impliquer dans toutes les plateformes internationales d’importance, BRICS inclus.
Cette initiative fait de la Turquie le premier membre de l’OTAN à solliciter une adhésion à ce bloc économique, dont le poids géopolitique ne cesse de croître. Selon des sources proches du dossier, citées par Bloomberg, cette démarche turque a été initiée il y a plusieurs mois. Les autorités turques semblent motivées par la conviction que le centre de gravité mondial se déplace progressivement des économies développées vers les pays émergents.
Le choix d’Ankara de postuler aux BRICS s’inscrit dans une stratégie plus large visant à diversifier ses partenariats internationaux dans un contexte de tensions accrues avec ses alliés traditionnels, notamment au sein de l’Union européenne et de l’OTAN, où la Turquie est membre depuis 1952. Cette démarche est également perçue comme une réponse à la frustration croissante d’Ankara face à ses partenaires occidentaux.
Un ancien diplomate turc, interrogé par Newsweek, a exprimé les frustrations accumulées de la Turquie à l’égard de l’Occident. « Ce n’est pas une stratégie pour remplacer l’Occident, mais pour renforcer les relations avec les puissances non occidentales à un moment où l’hégémonie américaine est en déclin », a déclaré Sinan Ülgen, directeur du Centre d’études économiques et de politique étrangère (EDAM), basé à Istanbul.
Ülgen a également souligné l’impasse dans laquelle se trouvent les négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, entamées en 2005. Il s’interroge toutefois sur les implications politiques de cette adhésion aux BRICS, qui pourrait être perçue comme un éloignement supplémentaire d’Ankara vis-à-vis de ses alliés occidentaux.
La question de l’élargissement des BRICS, incluant la candidature turque, pourrait être abordée lors du prochain sommet du groupe, prévu à Kazan, en Russie, du 22 au 24 octobre. La présidence tournante des BRICS est actuellement assurée par la Russie. L’année 2024 a déjà vu l’intégration de plusieurs nouveaux membres, dont les Émirats arabes unis et l’Iran, témoignant de la dynamique d’expansion du bloc. Avant cet élargissement, les BRICS représentaient un PIB cumulé de 58 900 milliards de dollars, soit 33,5 % du PIB mondial, surpassant de 5 000 milliards celui des pays du G7.
Rédaction Regard National
